Ecoutez un extrait de l'interview diffusée
sur RCF Rivages :
Journaliste à France 3 Ouest, Gwénaëlle Bron
a traversé les cinq continents pour réaliser, d'abord une série
de reportages pour la télévision, puis un documentaire, « le
fil bleu ». Ce film sur la problématique de l'accès à l'eau
dans le monde sera projeté lundi 28 mai 2007 à 17h30 pendant
le festival Etonnants Voyageurs de St Malo. Un livre sera aussi
publié en avant-première à cette occasion.
« Déjà toute petite, j'avais une grande envie
de voyage, de voir comment les gens vivent ». Assurément bien
dans sa peau, Gwénaëlle Bron a 25 ans quand elle décide de tenter
la grande aventure, de concrétiser son rêve. Avec une amie,
Peggy Frey, diplômée comme elle du Centre Universitaire d'Enseignement
du Journalisme de Strasbourg, elle entreprend un périple de
vingt mois dans une trentaine de pays. Nous sommes en 2002.
Cinq ans plus tard et une série de chroniques pour la télévision,
Gwénaëlle Bron a mis la touche finale à un documentaire de 52
minutes qui pose la problématique de l'eau dans les différentes
régions traversées, à partir des témoignages recueillis à l'époque.
« Nous voulions faire partager notre expérience et nos convictions
personnelles sur l'environnement, explique la jeune femme. Nous
avons listé des idées de sujets et c'est le thème de l'eau qui
est revenu le plus souvent. Nous sommes allées de point d'eau
en point d'eau avec le regard de jeunes voyageuses qui découvrent
le monde ». Les reportages traitent des problèmes de maladie
et de sécheresse, de la surexploitation forestière, des conséquences
dramatiques pour les populations, toujours avec le soucis pour
les deux journalistes de se faufiler dans le quotidien des gens
avec leur petite caméra, leur soif d'apprendre et de faire savoir.
« Le documentaire n'est pas forcément revendicatif ou dénonciateur.
Mais j'espère qu'il y a un peu de ça quand même ! »
Curieusement, c'est par la voie des airs, en mongolfière,
que les deux amies entreprennent leur voyage, tout près du lac
Léman. Pour le symbole, difficile de faire mieux puisqu'il s'agit
de la plus grande réserve d'eau douce d'Europe. « Je suis née
à Morzine, dans les Alpes, revendique Gwénaëlle Bron. Ma fascination
pour l'eau vient des cascades, des glaciers que j'ai vus dans
ma jeunesse ».
La première étape mène la jeune femme dans le
désert marocain, à la lisière du Sahara. Changement radical
de décor. Ali, le Touareg, lui confie combien l'eau est une
ressource importante pour vivre. « C'est dans toutes les discussions,
car il n'y en a pas » constate, désarmée, la réalisatrice. Au
cours du documentaire, elle avoue que pendant longtemps, elle
a pensé que l'eau était inépuisable, puisqu'elle tombait du
ciel.
Il y a fort heureusement des exceptions à cette
situation de pénurie au Maroc. Pour pouvoir acheminer l'eau
jusqu'au robinet du domicile, dans certaines villes et villages,
il faut longuement sonder les sols. Itou confie à Gwénaëlle
Bron qu'elle a désormais plus de temps pour se reposer car auparavant,
il lui fallait sans cesse faire des aller-retour jusqu'au puits
situé sur la place principale. Au Sénégal en revanche, c'est
la question sanitaire qui est posée, à cause de la pénurie d'eau.
Une femme médecin au centre de santé de Bambey se demande comment
les pouvoirs publics ont pu, à cause de la sécheresse, laisser
les habitants boire de l'eau pompée dans des nappes trop chargées
en fluor, entraînant de graves conséquences pour les gencives
et les dents.
Le documentaire montre aussi les croyances liées
à l'eau, comme au Mali où une grande partie de la population
voue un culte à Nommo, le génie de l'eau. « S'il estime que
les hommes ne se comportent pas correctement, il peut décider
de la venue des pluies, ou au contraire provoquer la sécheresse
» nous apprend la réalisatrice. Ce caractère sacré de l'eau
se retrouve aussi en Inde, dans la vallée du Gange. Les Hindous
prêtent à ce fleuve des vertus purificatrices, mais le prix
à payer est énorme en matière d'hygiène. « Les cendres des défunts
brûlent sur les quais, ils sont enfermés dans des linges puis
jetés dans le fleuve. Des pèlerins affluent toute la journée
et rapportent un bidon d'eau bénite ».
« Le fil bleu » nous emmène aussi sur les berges
du Mékong, au Cambodge. Chaque année, la furie des eaux inonde
les terrains et emporte les maisons. La population, qui n'a
nulle part ailleurs où aller, se réinstalle au même endroit
d'autant que le limon rend la terre très fertile.
La réalisatrice s'arrête encore sur l'utilisation
des capteurs de brouillard au Chili, une technologie inspirée
de la manière dont les épines des cactus récupèrent l'humidité
jusqu'à leur racine. En Turquie sont abordées les questions
géopolitiques autour du partage de l'eau, ressource pouvant
être « utilisée comme arme de guerre » lorsqu'un fleuve traverse
plusieurs pays et qu'un seul d'entre eux a accès au « robinet
».
L'eau douce de qualité est une ressource d'autant
plus rare que les changements climatiques ne facilitent pas
la vie des populations fragiles. Sur la planète, quatre personnes
sur dix manquent d'eau et selon une étude, il y aurait 20% de
pénuries en plus à cause de l'augmentation des sécheresses et
des inondations. « Chaque jour, 3 800 enfants meurent de maladies
liées à un manque d'eau potable et d'hygiène » expliquait à
l'occasion de la Journée de l'Eau, le 22 mars dernier, Jacques
Diouf, directeur général de la FAO, organisation des Nations-Unies
pour l'alimentation et l'agriculture.
Le documentaire de Gwénaëlle Bron « Le fil bleu
» (produit par Spirale Production), ainsi que le livre « Sur
la route de l'or bleu » (à paraître le 12 juin aux éditions
l'Ancre de Marine) posent une nouvelle fois la problématique
de l'accès de tous les habitants de la planète à cette ressource
indispensable à la vie. Denis Rollier, qui a monté le reportage,
estime qu'« en privilégiant clairement la multitude des rencontres
et des situations, le film prend peut-être le risque de paraître
trop anecdotique. Mais c'est justement cet effet de mosaïque
qui, dit-il, nous fait vraiment prendre conscience du caractère
universel de l'eau. En plus, c'est un beau film de voyage, ce
qui ne gâche rien. La première qualité de Gwénaëlle, c'est sa
persévérance. Sans cela, le film tel qu'il est n'aurait jamais
existé ».
La réalisatrice avoue aujourd'hui ressentir un
profond respect pour l'élément liquide. L'une des dernières
phrases du documentaire résume à elle seule son engagement pour
la défense de l'environnement. « L'eau qui n'était au début
qu'un sujet de fascination est devenue une compagne pour la
vie » conclut Gwénaëlle Bron. Cette aventure au fil de l'eau
a mis du vent dans les voiles de la jeune journaliste puisqu'elle
fait aujourd'hui partie de l'association d'éducation à l'environnement
« Reporter bleu » de la navigatrice Catherine Chabaud.